Ce service à fromage Laguiole en Aubrac en amourette attribue à chaque texture la lame qu’il faut. Le tartineur, au bout rond, étale les pâtes molles et crémeuses, un chèvre frais, un brie coulant, sans les écraser. Le couteau à deux dents porte une lame étroite à laquelle la pâte molle n’accroche pas: il coupe la part puis la pique au bout des pointes pour la servir d’un geste net. Le couperet, large, s’attaque aux pâtes dures et demi-dures, comté ou vieux cantal, et les débite en cubes réguliers. Chaque fromage a son outil, et le plateau se sert proprement.
Le manche est taillé dans l’amourette, un bois dur dont le fond chaud, du brun au rouge sombre, se raye de marques plus foncées qui rappellent une peau de serpent. Le polissage brillant met ce dessin en pleine lumière et lui donne de la profondeur, comme s’il flottait sous la surface. Aucun des trois manches ne reprend exactement le motif d’un autre, et c’est cette singularité qui fait toute la valeur du bois. Sur le plateau, l’amourette attire le regard et donne au service une allure de pièce rare.
Au moment du fromage, ce service fait mieux qu’une lame unique qui hésite entre le crémeux et la pâte dure: chacun prend l’outil juste et se sert sans abîmer les croûtes ni mélanger les saveurs. L’amourette relie les trois pièces par son fond chaud et son motif strié, et forme sur la planche un ensemble qui se remarque aussitôt. C’est le genre de service que l’on sort pour le plaisir des yeux autant que pour l’usage.









