On dirait un couteau forgé pour traverser des cols dans la nuit, là où le vent souffle sans témoins. Le manche en loupe de peuplier noircie, profondément marqué par ses nœuds comblés de résine, oscille entre noir et gris. Les veines sombres, les cicatrices du bois et les zones plus claires composent une matière presque minérale, comme une roche polie par le temps.
La lame damas inox, avec ses vaguelettes caractéristiques, tranche avec cette obscurité. Elle semble porter en surface le dessin d’un courant froid, une eau profonde où la lumière ne fait que passer. Entre les deux, le couteau trouve son équilibre : un manche sombre, dense, et une lame vibrante de reflets.
Au sommet, l’abeille abandonne la douceur habituelle pour une présence plus troublante. Sa forme tend vers l’arachnide : le corps, profondément ciselé dans la matière, creuse des ombres qui mettent en relief les ailes et la tête, plus sobres. Elle semble accrochée au ressort comme une créature à son rocher, prête à surveiller le passage. Le ressort, justement, est ciselé de bas en haut avec une retenue maîtrisée : suffisamment travaillé pour accrocher la lumière, mais sans emphase inutile.
Tissage d’Ombres ne cherche pas à séduire par la couleur ou l’exubérance. Il parle plutôt de silence, de pierre froide, de chemins escarpés. C’est un couteau qui aurait pu trouver sa place dans la main d’un guetteur aux portes d’un monde plus sombre, à mi-chemin entre le réel et les terres lointaines de la fantasy.

















