On dirait un couteau venu d’une lisière où la forêt rencontre un royaume plus ancien. Le platane, ici, a été coupé avec une intention précise : ses veinages verts et marron se zèbrent, se répondent et se relient de part et d’autre du ressort, comme si une même ligne de sève traversait le manche d’un bout à l’autre. Le bois dessine ainsi une sorte de pelage végétal, à la fois sauvage et parfaitement maîtrisé. Entre le bois et le métal, un intercalaire noir trace un fil sombre, discret, comme une ombre qui souligne les contours sans jamais prendre le dessus.
Au sommet, l’abeille est une véritable matriarche. Grosse, massive, elle a quelque chose d’une mère nourricière, protectrice de sa ruche invisible. Ses ailes sont larges et longues, presque comme une robe qui tombe sur ses flancs. Tout son corps, de la tête jusqu’à l’extrémité, est couvert de ciselages ovoïdes, imbriqués les uns dans les autres comme les dents d’un engrenage graphique au style elfique. On croirait un langage ancien, un système de signes dont seuls quelques rares esprits auraient encore la clé.
Le ressort prolonge ce discours gravé. Alternant lignes tendues et martelage de pointe, il développe une série de motifs qui oscillent entre structure et vibration. Ces mêmes signes se retrouvent sur les quatre côtés des mitres, comme si le couteau était entouré d’une frise continue. Même la lame, loin d’être laissée nue, se termine par un rappel de lignes graphiques, dernière phrase d’un texte silencieux. Reine Zébrée d’Elfées est un couteau qu’on ne regarde pas d’un seul bloc : on le lit, on le parcourt, on le déchiffre, comme une relique venue d’un monde où le bois, le métal et la lumière parlaient le même langage.

















