On dirait un couteau posé au bord d’un champ, là où la prairie s’arrête et où commencent les premiers arbres. La mitre haute, claire, capte la lumière comme une pierre en lisière de chemin, puis le regard glisse vers le bois d’albizia. Marron clair, marron foncé, nervures profondes : le manche semble fait de strates, de cernes, de souvenirs. Chaque côté du couteau raconte une variation de la même histoire, parfaitement équilibrée.
L’abeille, sobrement travaillée, ne joue pas la surenchère. Quelques lignes suffisent à mettre en valeur ses courbes, comme un dessin tracé d’un geste sûr. Elle semble calmement posée, presque apaisée, comme entre deux vols, quand le bourdonnement se tait un instant.
Sous elle, le ressort déroule une succession de feuilles sculptées, de la base jusqu’au sommet. On croirait voir une tige recouverte de feuillage, sur laquelle l’abeille se serait arrêtée pour reprendre son souffle avant de repartir butiner les fleurs. Chaque feuille est légèrement différente dans sa manière de prendre la lumière, mais toutes suivent le même mouvement. Lisière d’Albizia est un couteau qui respire la pause, l’entre-deux : ni tout à fait au travail, ni tout à fait au repos, mais sur cette frontière tranquille où le geste se fait plus lent.

















