On dirait un couteau né à l’heure où les ruches se taisent et où seules veillent les ombres. Le manche en loupe de peuplier noir, sombre et nervuré, laisse apparaître des veines profondes, comme des filaments de nuit pris dans la matière. Les nuances vont du gris très sombre à un noir presque mat, évoquant une forêt après la tombée du jour, quand tout devient silhouette.
Au sommet, l’abeille règne, mais ce n’est plus la compagne des fleurs en plein soleil. Son haut de corps est martelé de petits ronds, comme si chaque impact avait figé une goutte de lumière. Le bas du corps, lui, est travaillé de stries typiques, qui étirent la forme et lui donnent un mouvement discret mais réel. Les ailes, fines, sont décorées de motifs géométriques, nets, précis, comme un dessin gravé dans la nuit. On a l’impression qu’un souffle suffit pour qu’elle se détache et s’éloigne, guidée par un vol silencieux.
Dans le prolongement, le ressort prend le relais de cette écriture. Il est décoré de cinq motifs, alternant deux dessins différents, comme une succession d’alvéoles de ruche tantôt pleines, tantôt vides de miel. Cette alternance régulière donne au dos du couteau un rythme discret, comme un battement régulier au cœur de l’ombre. Abeille Nocturne ne cherche pas l’éclat : il préfère la retenue, la profondeur et le calme des choses faites pour durer.

















