L’ongle du pouce trouve le cran, la lame yatagan monte jusqu’à la butée et s’y arrête, retenue par la pression du ressort sur son talon. C’est bien ce ressort qui assure le maintien, et non un verrou : la distinction est structurelle, elle sépare ce modèle d’un couteau à lame verrouillée. À la fermeture, une butée interne dissimulée dans le manche intercepte la lame avant que le tranchant ne rencontre le dos du ressort. On n’entend rien, on sent seulement une courte retenue juste avant la fin du geste. Pour le pain, le fromage et le saucisson, la longueur de lame est bien calculée, et la clarté du manche n’y change rien.
L’acier de la lame vient de chez Sandvik, en Suède. Il est à grain fin, accepte un biseau très étroit et se reprend sur une pierre ordinaire le moment venu. Sur ce couteau, on n’huile rien, et avec un bois aussi clair ce serait même la pire idée : tout film d’huile fonce en vieillissant et finit par jaunir la surface de façon inégale. Un essuyage à sec suffit. Le couteau arrive dans son pochon de coton, accompagné d’un certificat d’authenticité numéroté qui concerne cet exemplaire précis.
Un bois aussi blanc impose une contrainte que les autres manches ne connaissent pas : il doit être séché proprement, faute de quoi il se colore. Le houx fraîchement coupé a tendance à grisailler sur la coupe quand le séchage traîne, et cette coloration ne part plus, parce qu’elle est dans le bois et non dessus. Seule la matière séchée vite et sous contrôle reste utilisable. Ce qui finit sur un manche, c’est un blanc régulier au sous-ton chaud, sans nuage et sans tache. Qu’une paire de côtes tombe juste tient donc moins au ponçage qu’à ce qui s’est joué des mois plus tôt dans le séchoir.















