Il y a des couteaux qu’on regarde, et d’autres dans lesquels on plonge. Celui-ci appartient à la seconde famille. Son manche a la couleur exacte d’une eau profonde à la tombée du soir : un vert sombre, dense, qui vire au noir dans les creux et s’éclaircit en voiles laiteux au sommet des veines, comme la lumière qui n’atteint jamais tout à fait le fond. Et là-dedans, disséminés, de petits éclats dorés brillent aux yeux de la loupe — des paillettes de soleil descendues au fond de l’étang, que l’eau garde depuis longtemps et ne rendra pas.
Sur cette eau immobile, une seule chose bouge : la frise du ressort. Les flammes végétales s’y dressent, se recourbent, s’emboîtent l’une dans l’autre et repartent, sans jamais se refermer, ciselées en relief poli sur leur fond sombre. Ce sont des herbes couchées par un courant lent, redressées, couchées de nouveau, sur toute la longueur du dos. Chacune a été détourée puis reprise à la main sur quelques millimètres de large, sans retouche possible, pour que le mouvement ne s’interrompe jamais.
Et au sommet, quelqu’un veille. L’abeille se tient là, ramassée sous son écusson grené comme sous un heaume, ailes larges divisées en panneaux par des nervures nettes, corps annelé de côtes régulières. Elle a l’immobilité de ce qui garde plutôt que de ce qui passe. C’est elle, l’ondine de ce couteau : la présence discrète au bord de l’eau verte, celle qu’on croit apercevoir un instant avant qu’elle ne se confonde à nouveau avec le reflet. « Vert d’Ondine » se tient tout entier dans cet équilibre — une eau profonde où dorment quelques paillettes d’or, un courant d’herbes ciselées qui la traverse, et une gardienne au-dessus qui ne bouge pas.











