C’est un sous-bois que l’on tient dans la main. L’ébène : le sol sombre de la forêt, cette ombre dense où tout commence et où rien ne se voit encore. La loupe de peuplier : la lumière verte qui traverse le feuillage au plus chaud du jour, mouvante, moirée, tachée de soleil. Et entre les deux, sur toute la longueur, ce fil rouge des intercalaires : la sève, la vie qui circule de l’ombre vers la lumière sans jamais s’interrompre. Trois couleurs seulement, et toute une forêt est là, avec sa profondeur et son silence.
Au milieu de ce sous-bois, une tige pousse. Née dans le noir, elle grimpe le long du ressort comme le haricot des contes grimpe vers le ciel, feuille après feuille, sans se presser, sûre de son chemin. En chemin, elle traverse une ruche : les alvéoles hexagonales de la mitre centrale, bâties là, en pleine forêt, comme les abeilles sauvages nichent leurs rayons dans le creux des arbres. La tige les frôle au passage, s’en nourrit peut-être, puis reprend calmement son ascension vers la lumière.
Et tout en haut, la métamorphose : la tige fleurit en abeille. Pas une abeille posée là, sculptée d’après nature : une abeille née de la plante elle-même, ses ailes en croisillons déployées, son corps fait de feuilles qui s’ouvrent. Le végétal et l’insecte ne font plus qu’un, comme dans les forêts où l’on ne sait plus qui, de la fleur ou de l’abeille, a besoin de l’autre. Après le blanc du nord et l’or du sud, « Ruche du Sous-Bois » referme la trilogie sur son troisième horizon : la forêt, là où les ruches n’appartiennent à personne et où la vie monte, toujours, de l’ombre vers la lumière.













