Il y a une heure, chaque matin, où la nuit n’est pas encore partie et où le jour n’est pas tout à fait là. Ce couteau en a gardé la couleur exacte. Son manche est un fuchsia profond qui bascule dans le violet au creux des veines et remonte en framboise sur les reliefs, comme un ciel qui hésite longuement avant de se décider. Et puis, çà et là, la teinte s’arrête net : le bois, trop serré, ne l’a pas prise et laisse de larges plages crème et miel — les premières trouées de lumière, celles par où le jour finira bien par se lever.
Ce petit matin, on l’a mis sous écrin. Deux platines de cuivre bordent le ressort d’un bout à l’autre, d’un métal chaud qui semble né de la même aurore que le bois et lui répond sans jamais le contredire. Entre elles, le décor se déroule sans se presser : de longues amandes cernées d’un cordon de perles, des éventails striés comme des palmes refermées, et de loin en loin des pierres roses serties dans leurs chatons de cuivre, posées là comme les gemmes d’un objet précieux qu’on n’ouvre qu’avec précaution.
Et ce que ce reliquaire abrite, c’est une plante devenue insecte. L’abeille n’a plus rien d’un corps : deux bourgeons ronds la coiffent comme des yeux encore clos, une rosette de feuilles nervurées s’ouvre en dessous, et tout son corps n’est fait que de tiges qui s’entrelacent, se nouent et repartent en feuillage. Elle est ce qui pousse, ce qui éclôt, ce qui commence — la vie même que l’aurore annonce chaque matin. « Reliquaire d’Aurore » tient tout entier dans cette rencontre : un bois couleur de ciel avant le jour, un écrin de cuivre et de pierres, et au sommet une abeille en train de reverdir.











