Le bois de fer est un bois des terres brûlantes, si dense qu’il coule dans l’eau, si dur qu’il semble avoir absorbé le feu des paysages qui l’ont vu grandir. Celui-ci a des couleurs de braise au repos : un brun sombre et profond traversé de lueurs acajou, des moirures qui rougeoient quand la lumière les frôle, et, sous la surface, ce fil rouge des intercalaires qui affleure comme une chaleur qui ne s’éteint pas. On tient dans la main un feu domestiqué, silencieux, qui attend patiemment le premier rayon pour rougeoyer de nouveau.
Un oiseau est passé par là. De lui, on ne sait rien, sinon ce qu’il a laissé : ses plumes, semées une à une le long du ressort, ciselées dans l’acier avec leurs barbes fines et leur rachis tendu. Elles se suivent sur toute la longueur du ressort comme les traces d’un vol, ponctuées d’ajours en losange par où la lumière passe encore. Un oiseau de braise, forcément, pour perdre des plumes pareilles : nées du feu du bois, refroidies dans le métal, et fixées là en plein élan, à l’instant exact où elles touchaient le couteau.
Et pour que rien ne s’envole, la pièce porte sa bague : ce liseré perlé qui la ceinture à mi-manche, cerné de rouge, ciselé point après point, patiemment, comme on grave une promesse que l’on veut tenir. C’est le geste de l’ornithologue devant l’oiseau rare : on le bague, on le mémorise, puis on le laisse libre. Au sommet, l’abeille en habit de lumière veille sur les plumes éparses, seule à connaître l’oiseau qui les a perdues. « Plume de Braise » est ce passage que l’on tient dans la main : le souvenir incandescent d’un vol que personne n’a vu, gravé pour toujours dans l’acier et dans le feu du bois.













