Aucun jardinier n’a planté cette pivoine. Elle a poussé dans le bois même, au creux d’une loupe de marronnier où les fibres se froissent en pétales : rose framboise brassé de coulées blondes, chiffonné comme une corolle au matin, percé de ces yeux sombres qui sont les cœurs mêmes de la fleur. La résine l’a cueillie ainsi, grande ouverte, et l’a fixée pour toujours à son plus bel instant : ni bouton timide, ni fleur passée, l’apogée exacte, celle qui ne dure d’ordinaire qu’une matinée de printemps et qui durera ici toute une vie.
Une fleur ne tient pas sans sa tige. Le coutelier la lui a ciselée dans l’acier du ressort : une chaîne de longues feuilles nervurées qui monte du talon vers le sommet, feuille après feuille, souple et continue, entre deux filets polis. Les intercalaires noirs tracent l’ombre portée de la corolle, les mitres satinées posent leur rosée d’acier aux deux extrémités, et toute la pièce devient ce qu’elle devait être : non pas un couteau décoré d’une fleur, mais une fleur montée sur sa tige, avec son ombre et sa rosée.
Restait à attendre la visite, et elle est venue. L’abeille s’est posée au sommet du ressort, et le burin l’a saisie à cet instant exact : ailes côtelées grandes ouvertes en éventail, nervures creusées une à une, tête facettée penchée vers la fleur, corps annelé encore vibrant du vol. C’est le morceau de bravoure de la pièce, sculpté en plein volume, d’une finesse que la loupe ne prend jamais en défaut. « Pivoine Sauvage » suspend ainsi le plus bref instant du jardin, celui où la fleur reçoit sa visite, et le confie à l’acier : la pivoine ne fanera pas, l’abeille ne repartira plus, et la scène n’appartiendra qu’à une seule main.













