Il faut imaginer la récolte. Quelque part sur une île des Moluques, un arbre a fabriqué ce miel-là pendant des décennies : l’amboine, dont la loupe naît des excroissances du tronc, y a brassé ses sucres lentement, volute après volute, saison après saison, caramel clair, ambre chaud, or roux, avec ces petits nœuds bruns qui flottent dans la masse comme les trésors d’une ruche sauvage. Aucun rucher n’a produit celui-ci : c’est la forêt elle-même qui l’a mis en réserve, et le coutelier n’a eu qu’à le recueillir sans en renverser une seule goutte.
Autour de cette récolte, la manufacture a bâti la ruche. Le laiton satiné des mitres en garde les deux entrées, or franc qui répond à l’or du bois ; les platines de cuivre festonnées tracent leur double liseré rose le long des flancs, cire tiède coulée au bord des rayons ; et le ressort déroule son jardin ciselé, fleurs à quatre pétales, feuilles nervurées, semis de perles : tout un parterre à butiner, gravé dans l’acier pour ne jamais faner. Il ne manquait qu’une habitante, et elle est déjà là.
Car c’est ici que l’abeille de la série trouve sa pièce. En habits de fête au sommet du ressort, ailes ourlées de perles, tête fleurie, elle veille sur toutes les pièces de la manufacture depuis 1829 ; sur celle-ci, elle veille enfin sur du miel. Le sien. Un manche entier de récolte sauvage, un jardin d’acier sous ses pattes, deux ors pour palais : jamais gardienne ne fut mieux logée dans toute l’histoire de la maison. « Miel Sauvage » referme cette ruche d’orfèvre dans 12 centimètres : le miel, les fleurs, la cire et l’abeille, tout y est, sauf le sucre, remplacé ici par quelque chose de plus durable : la beauté.













