Un soir, la mer a volé le ciel. Elle l’a pris tout entier, avec ses étoiles, et l’a roulé dans sa houle : voilà ce que raconte cette loupe de sureau bleue. Le bleu y bouge encore, remous d’encre, courants d’azur, tourbillons arrêtés en pleine course, houle prise sur le fait ; et partout, les étoiles volées dérivent, poches d’or et de crème que la marée promène d’un bord à l’autre du manche sans jamais les éteindre. Penchez le manche : le courant reprend, les astres changent de place. Ce bois ne se contemple pas en une fois, il se navigue.
Toute marée finit par toucher terre. Celle-ci accoste aux deux extrémités du couteau, sur les mitres en laiton satiné : deux rivages d’or franc où la nuit vient déposer ce qu’elle transporte. Entre les deux, les platines de cuivre festonnées suivent le mouvement, double liseré rose qui ondule au fil du manche, lueur d’aube posée sur l’eau sombre. Et au centre, le jardin ciselé du ressort tient bon dans le courant : fleurs, feuilles et semis de perles, un archipel d’acier que la marée contourne sans jamais l’emporter.
Sur ce ciel volé, il fallait une gardienne. L’abeille en habits de fête tient la vigie au sommet du ressort, ailes ourlées de perles, tête fleurie : elle compte les étoiles à chaque passage de la main, et le compte est toujours bon. C’est elle qui donne son sens à la pièce : sur un Laguiole, rien ne se perd de ce qui brille, tout est veillé. « Marée d’Étoiles » rassemble ainsi une nuit entière dans 12 centimètres : la mer qui a osé le vol, les astres qui dérivent, les rivages d’or qui les attendent, et la sentinelle qui n’en lâche aucun. Il suffit d’ouvrir la main pour que la marée monte.













