Le nom s’impose dès qu’on suit du regard une seule veine claire du manche. Elle ne va pas droit : elle monte, redescend, remonte, et celle qui la suit fait de même un peu plus loin, si bien que toute la matière se met à onduler sous les doigts. C’est une houle, avec ses crêtes et ses creux, et elle se resserre en approchant de la tête du couteau comme les vagues qui se pressent avant le rivage. Ces veines sont les lamelles d’une molaire de mammouth, déposées du vivant de l’animal puis conservées par le gel pendant des millénaires.
Ce que la matière a fait par hasard il y a des millénaires, le ciselage le reprend à dessein. Sur la partie basse du ressort, des flammes végétales s’enroulent en relief poli avec la souplesse d’un ressac qui revient sur lui-même. Puis le motif se resserre et devient chevrons : une frise serrée, régulière, celle-là même que les alphabets anciens employaient pour dire l’eau. La houle du manche se retrouve tracée au burin, sur quelques millimètres de large et sans la moindre retouche possible.
Et sur cette eau, au bout du parcours, quelqu’un s’est posé. L’abeille flotte au sommet du couteau, corps en amande criblé de perles grenées serrées, ailes ourlées d’un liseré poli qui s’écartent à peine, abdomen strié descendant en pointe. Elle ne se cramponne pas, elle se laisse simplement porter, comme un insecte au fil de l’eau un soir d’été, sans hâte. « Houle Fossile » se lit ainsi dans un seul mouvement, du talon vers la tête : une vague prise dans la matière il y a des millénaires, la même vague reprise au burin sur l’acier, et au-dessus une abeille qui se laisse conduire par le courant.











