On dirait une ruche saisie au matin, à l’heure où tout s’organise. De part et d’autre du ressort, les deux intercalaires bleus tracent une ligne d’envol vers le ciel : le chemin que l’abeille s’apprête à emprunter pour partir récolter le miel. Et la récolte est déjà là, tout autour — dans le manche en loupe d’amboine dorée, dont les teintes de miel ambré, mouchetées de petits nœuds, évoquent le pollen et la cire rapportés des champs. Entre le bois chaud et le métal froid, ce fil bleu tient le couteau dans une tension lumineuse, sans jamais prendre le dessus.
Au sommet, l’abeille veille sur cet ordre. Large, presque monumentale à l’échelle de la pièce, elle dresse un corps aux facettes nettes, taillé comme une flèche d’architecte, loin de toute représentation naturaliste. Ses ailes, amples et déployées, sont constellées d’un martelage de petits points, minutieux, presque hypnotique : à chaque mouvement de la main, elles s’allument d’une multitude d’éclats, comme un vol d’ouvrières pris dans le soleil. On ne contemple pas cette abeille, on la reconnaît : c’est la gardienne de la ruche.
Le ressort prolonge ce récit dans l’acier. Sur toute sa longueur, un guillochage d’alvéoles hexagonales se succède avec la régularité d’un rayon de cire, cellule après cellule, entre deux mitres inox satinées dont la sobriété fait ressortir chaque hexagone. Le décor se concentre là où le regard se pose, sur le dos du couteau, comme un rayon que l’on découvrirait en ouvrant la ruche. « Géométrie de la Ruche » est un couteau qui se lit dans un seul mouvement : du ciel des intercalaires aux alvéoles du ressort, de la ruche à l’abeille, du vol à la récolte — un cycle entier, refermé sur lui-même, que l’on tient dans la main.











