Il y a des décors qui se tiennent tranquilles et d’autres qui bougent encore. Celui-ci appartient sans hésiter à la seconde famille. Sur le ressort, une tige ondule d’un bout à l’autre du couteau et porte des feuilles alternées, penchées tantôt d’un côté tantôt de l’autre, comme surprises par un courant d’air qui viendrait tout juste de passer. Il suffit d’incliner la pièce pour qu’elles changent : la lumière glisse dans leurs nervures, les soulève, les repose, et le feuillage entier se met à frémir sous les doigts, comme s’il n’avait jamais cessé de bouger.
Sous cette branche, le manche donne le sol. La molaire de mammouth y déroule des lamelles fines et serrées, brun sombre, ivoire, cuivre et gris perle, avec des reflets de nacre là où la coupe a pris les plaques de biais. Chacune de ces bandes s’est déposée du vivant de l’animal, puis a traversé les millénaires dans le gel des steppes avant de revenir au jour sous la main d’un coutelier. Une terre très ancienne, en somme, sur laquelle une plante aurait trouvé de quoi se remettre à pousser.
Et cette poussée ne s’arrête pas en chemin. Les feuilles franchissent le ressort, germent sur les deux mitres, montent encore, et là-haut la tige fleurit : une grande fleur à quatre pétales, entourée d’une couronne de fins rayons, coiffe la tête de l’abeille. Celle-ci se tient juste en dessous, corps annelé, ailes en amandes grenées cernées d’un liseré poli, arrivée au moment exact de l’éclosion. « Frisson Végétal » se lit ainsi d’un seul élan, du talon vers la tête : une tige qui monte, un feuillage qui tremble, une fleur qui s’ouvre, et une abeille qui arrive tout juste à l’instant où il faut.











