Une matière qui n’a plus rien de vivant, et partout dessus des fleurs qui s’ouvrent. C’est de cette contradiction que le couteau tire son nom. Le manche est fait d’une molaire de mammouth : des lamelles brun chocolat, presque noires, criblées d’éclats cuivre comme des braises éteintes, et séparées de bandes d’un blanc laiteux, presque opalin, qui reviennent à intervalles réguliers. Chacune de ces bandes s’est déposée du vivant de l’animal, puis a traversé les millénaires dans le gel des steppes avant de revenir au jour sous la main d’un coutelier.
Sur cette matière arrêtée, le coutelier a fait pousser un jardin. Le ressort déroule une guirlande de pétales en amande, striés de fines nervures, qui s’enroulent, se retournent et s’emboitent sans jamais se rompre, ponctués de petites fleurs rondes à quatre pétales. Les deux mitres portent à leur tour une fleur épanouie, gravée d’un trait fin, pétales ouverts et feuilles de part et d’autre. Rien n’est laissé nu : la floraison court d’un bout à l’autre de la pièce, du talon jusqu’à la tête.
Et tout cela mène à la tête. L’abeille s’y tient ailes ouvertes, deux larges pétales grenés déployés en éventail, et porte au-dessus d’elle une grande fleur ronde à quatre pétales, entourée d’une couronne de fins rayons qui l’éclairent comme un soleil. C’est le point où toute la pièce se résout : sous la fleur, l’insecte ; sous l’insecte, la guirlande du ressort ; sous la guirlande, la nuit fossile du manche. « Floraison Fossile » tient tout entier dans cet écart : une matière que le temps a figée il y a des millénaires, et sur elle un printemps que l’acier a fixé pour toujours, fleur après fleur.











