On dirait un sous-bois à la tombée du jour. La loupe de bois de fer fait la pénombre : un brun presque noir, traversé de flammes ambrées et cuivrées qui ondulent comme des braises sous la cendre, poli jusqu’à prendre l’éclat d’une pierre dure. La main glisse sur ce galbe plein, sans mitres, d’une seule coulée, et rencontre les points d’inox de la croix du berger, seuls repères dans l’obscurité du bois, comme des étoiles aperçues à travers les branches. Tout, ici, invite à baisser la voix, à ralentir le geste et à regarder de près.
Au sommet, l’insecte se tient immobile, comme posé là depuis toujours. Son corps monte en échelle, barreau après barreau, vers une tête fine ; ses ailes longues, au grain perlé, retiennent la lumière plus qu’elles ne la renvoient, avec la douceur d’une laque ancienne. Il y a dans cette abeille quelque chose d’un motif d’estampe : la nature n’est pas copiée, elle est écrite, réduite à ses lignes essentielles et c’est précisément cette économie de traits qui lui donne sa présence silencieuse.
Le ressort déroule alors sa rivière de feuilles. Entre deux rives d’acier poli, les fougères s’écoulent en éventails superposés, nervure après nervure, comme un courant végétal qui traverserait la pénombre du sous-bois. On pense aux estampes japonaises, à leurs feuillages gravés d’un trait sûr, à cette manière de faire tenir toute une forêt dans une simple frise. « Estampe de Fougères » se lit ainsi, du manche au ressort, dans un seul mouvement : une nuit de bois de fer, une rivière d’argent qui la traverse, un insecte qui veille sur le courant, une image imprimée dans l’acier, que l’on emporte avec soi et que l’on redécouvre à chaque ouverture.
« Estampe de Fougères » s’adresse aux amateurs de Laguiole sensibles à une esthétique végétale et graphique, d’inspiration presque japonaise. La loupe de bois de fer aux flammes profondes, la frise de fougères ciselées, l’abeille stylisée aux ailes perlées et la croix du berger composent un ensemble d’une grande cohérence, pensé autant pour le plaisir de l’œil que pour celui du geste.











