Le Capucin vient de loin. Ce couteau pliant compte parmi les plus anciens de France : bien avant les modèles célèbres d’aujourd’hui, sa lame fine et son manche effilé accompagnaient déjà les bergers et les paysans, dans les poches et aux ceintures, à une époque où un couteau se gardait toute une vie. Son nom lui vient de sa forme : regardez la pointe du manche de profil, et vous verrez apparaître le visage d’un moine sous l’ample capuche de son habit. Une silhouette si simple et si juste qu’elle traverse les siècles sans prendre une ride.
Sur cette pièce, le vieux compagnon des plateaux s’offre un habit d’océan. L’abalone qui couvre son manche est la nacre de l’ormeau, coquillage des mers froides du bout du monde, et c’est la plus spectaculaire de toutes les nacres : des bleus de lagon, des verts d’algue et des mauves y ondulent en vagues cernées de sombre, changeant à la moindre inclinaison comme la surface de l’eau sous le vent. Aucune coquille ne ressemble à une autre : ces vagues ne déferleront que sur ce couteau.
Le résultat est un objet de contraste : la plus terrienne des silhouettes coutelières, née pour les poches de bergers, habillée de la plus marine des matières ; un dessin vieux de plusieurs siècles, porté par une nacre vivante qui semble changer de couleur à chaque heure du jour et à chaque geste de la main. Entre les deux, le ressort ciselé et le cran forcé rappellent que ce couteau reste ce qu’il a toujours été : un outil fin, sûr et fidèle. Ce Capucin referme la rencontre du plateau et de l’océan dans 10 centimètres de nacre : une pièce unique au monde, à porter comme on porte un secret.













