Il y a un volcan dans ce manche, et il est en pleine éruption. Les coulées carmin et orange dévalent la loupe de sureau, contournent les plages de nuit charbonneuse, se séparent, se rejoignent ; les yeux crème et or éclatent en projections de roche chauffée ; et ces ombres bleutées qui passent, ce sont les fumées de l’éruption, prises dans la lumière du feu qu’elles surplombent. La résine a saisi l’éruption à son paroxysme et l’a figée pour toujours : ce qui n’aurait dû durer qu’une nuit géologique durera votre vie entière, et celle d’après.
Le coutelier n’a pas cherché à éteindre l’incendie : il l’a canalisé. Sur le ressort, sa lime a creusé le lit de la lave : de grandes esses profondes qui serpentent d’un bout à l’autre du manche, coulées d’acier ourlées d’ombre, tenues entre deux filets polis comme des berges d’acier clair. C’est le seul endroit de la pièce où le feu obéit : partout ailleurs, le plein manche laisse l’éruption occuper toute la surface, sans mitre pour l’interrompre ni la contenir, du talon jusqu’à la tête du couteau.
Et au sommet, quelqu’un garde le cratère. L’abeille de cette pièce est sculptée en trois dimensions, dressée en relief dans l’axe du couteau : ailes à facettes géométriques qui accrochent la lumière par plans francs, corps annelé strié, une présence que la main rencontre avant même que l’œil l’ait détaillée. Elle est la seule à pouvoir se tenir là, au point le plus chaud, impassible au milieu des coulées : deux siècles de garde en Aubrac forgent ce sang-froid. « Cœur de Volcan » réunit ainsi l’éruption et sa sentinelle dans 12 centimètres : un feu qui ne s’éteindra pas, veillé par une abeille qui ne recule pas. Il ne manque que vous entre les deux.













