Le nom vient tout seul, dès qu’on tient la pièce dans une lumière rasante. Le manche a la couleur d’une pierre polie de crypte : un brun presque noir, profond et lustré comme une laque, traversé d’éclats cuivre et fendu de larges bandes d’ivoire nacré qui reviennent à intervalles réguliers, comme des assises de maçonnerie montées les unes sur les autres. Ces bandes ne sont pas un dessin : ce sont les lamelles d’une molaire de mammouth, déposées une à une du vivant de l’animal, puis conservées par le gel pendant des millénaires.
Et au-dessus de cette nuit, la galerie s’ouvre. Le ressort déroule une arcature entière : des arcs en ogive se succèdent, polis, chacun retombant sur le suivant, détachés d’un fond grené qui les éclaire par contraste. On ne suit pas ce décor du regard, on le longe, lentement, comme on longerait un cloître à la tombée du jour. Les mitres poursuivent l’édifice en éventails grenés, et celle du talon ferme la marche d’une grille de barreaux serrés, claire-voie posée tout au bout de la nef.
Au sommet, l’abeille tient le rôle de la rosace. Une amande centrale, des arcs qui l’encadrent, des compartiments grenés comme autant de verrières, et une couronne à trois lobes qui la coiffe : elle a moins l’allure d’un insecte que d’une fenêtre ouverte au-dessus d’un portail. Tout le couteau se lit alors dans le même sens, du talon vers la tête : les assises sombres du manche, la galerie d’arcs qui les surmonte, et cette rosace tout au bout, là où la lumière entre enfin. « Arcades de Nuit » est de ces objets qui donnent envie de baisser la voix, de ralentir le geste et de regarder longtemps.











